Liberté, dignité, habitabilité...

... Donner au siècle la valeur qui lui manque. Baptiste Morizot, Laurent Neyret, Ed. Gallimard (Trats), 4, 49 euros
Deux manières de regarder la même scène : l’un avec la grammaire des normes, l’autre avec l’oreille des valeurs. Et la même obsession : comprendre les raisons profondes de cette incapacité du droit à protéger ce qui doit être protégé. Nous ne cherchions pas une solution miracle. Nous voulions prendre de l’altitude, déployer une vue d’ensemble et poser une question simple au droit : de quoi as-tu besoin, toi, pour être à la hauteur ? Nous voulions penser à l’échelle du siècle. Pour sortir du présentisme. Pour voir clair. Parce que le problème n’est pas dans l’actualité : malgré l’urgence de la crise, il faut se donner l’espace du temps long pour voir en profondeur la nature du mal – et l’horizon du remède. Quand la réalité change de régime, le droit doit changer d’altitude.
À ce stade, le plus facile serait de céder au cynisme : « le droit est trop lent », « le droit est trop faible », « le droit ne fait pas le poids ». Mais l’histoire du droit dit l’inverse : quand une atteinte heurte le sens moral collectif, quand elle devient insoutenable, le droit peut se transformer. On l’a vu avec l’Accord de Paris, on le voit aujourd’hui pour les enjeux environnementaux : il existe un foisonnement d’initiatives, portées par des citoyens, des associations, des collectivités, des juristes inventifs.