Les chemins écarquillés.
Aurélien Blanchard, Ed. Christian Bourgois, 17 euros.
L’auteur fait un choix narratif déstabilisant : il plonge son lecteur dans l’action sans aucune explication préalable. On ne saura jamais vraiment comment Braque en est arrivé là, qui lui a confié cette mission ni dans quel contexte précis elle s’inscrit. Cette ellipse initiale, manifestement délibérée, semble vouloir perdre volontairement le lecteur, le placer en position d’incertitude radicale. On avance à tâtons, comme Braque lui-même, sans boussole ni repères clairs. Cette approche pourrait servir le propos – créer une atmosphère de mystère, installer une ambiance onirique – mais elle crée surtout une première distance avec le récit dont on ne se remettra jamais vraiment.
Le personnage de Victor, cette créature inclassable qui se déplace tantôt à quatre pattes, tantôt debout, intrigue sans aucun doute. Il y a quelque chose de touchant dans cette altérité radicale, dans ce silence qu’il partage avec Braque. L’auteur semble chercher à explorer la rencontre avec l’Autre absolu, celui qui échappe à toutes nos catégories, qui refuse nos classifications rassurantes. Victor incarne peut-être notre part sauvage, notre humanité dépouillée de ses artifices, ou simplement la vulnérabilité pure. Mais le flou qui l’entoure (est-il réel ? allégorique ?) finit par diluer l’impact émotionnel qu’il pourrait produire.
