De l’éco-anxiété à l’éco-résilience.

Les dernières péripéties, des groupements d’achats organisés par l’association, m’ont amené à prendre un peu de recul face à ces turbulences agaçantes et à rechercher dans mes souvenirs comment tout se passait "avant". C’était forcement mieux. L’éco-anxiété gagnait du terrain mais ne nous affectait pas trop.

"L’écologie n’est pas seulement un problème d’environnement, mais aussi d’enjeu d’équilibre individuel, d’affects et de mental." Ernest Callenbach, Ecotopia, 1975

La faute à qui ?
D’un coté le dérèglement climatique, sournois, violent par endroits, et de l’autre des consommateurs toujours plus exigeant sur la qualité et le service. Tout semble tellement facile.
Avant, il me semble que nous prenions le temps de nous parler, d’échanger. Les offres des producteurs étaient plus diverses, les livraisons plus simples. La saison, pour certains agrumes, était plus longue. Cette année les siciliens n’ont plus beaucoup de choix, dans les agrumes en particulier. Et pour tous nos producteurs les prix ont augmenté.
Ex : En 2020 le bidon de 3L d’huile de Crète coutait 18 euros arrivé à Toulouse. Cette année il nous a couté 30 euros (et à ce prix la palette avait été défoncée par le transporteur) 8 bidons perdus.

Pas si simple
Les producteurs prennent de plein fouet les effets du dérèglement climatique et se remettre en question (changer de type de production), pour eux, n’est pas simple. Un arbre fruitier produit dans un délai de 3 à 5 ans et l’investissement pour changer d’orientation n’est pas souvent compatible avec la trésorerie des petits producteurs bio. Les coûts de l’énergie, des transports, ont flambé et transférer la totalité de ces charges supplémentaires aux consommateurs serait suicidaire. Pas simple du tout !

La prise de conscience
La vraie rupture, c’est les périodes de confinement imposées par la pandémie de COVID. Même si l’éco-anxiété est un trouble bien plus ancien pour certains ; 2020 a été pour d’autres la prise de conscience que beaucoup de choses ne tournent pas rond.
"Pour les agriculteurs et agricultrices installés en bio, l’horizon du futur reste une ligne particulièrement angoissante. La profession est durement confrontée aux aléas météorologiques de plus en plus marqués, au manque de reconnaissance sociale, à l’instabilité politique, au manque de visibilité financière, sans parler de la volatilité des marchés et des consommateurs. Il en va de même pour les entreprises de transformation et les distributeurs de produits biologiques. Comment garder son énergie et sa motivation dans ce contexte "d’incertitude radicale" ?
Pour notre cerveau l’éco-anxiété est une menace, un danger. Le temps passe et aucune décision extérieure (Etat, proches, société, ...) ne semble aller dans le bon sens. L’éco-anxiété augmente, se fige. Nos ressources s’effondrent. La créativité bat de l’aile comme notre imagination, le repli sur soi ne favorise pas nos relations sociales et le découragement prend le dessus.

Tout n’est pas foutu ! Place à l’éco-résilience
Notre entourage est important. Avec des gestes simples, des moments de partage chaleureux, des attentions bienveillantes ; mais aussi le contact avec la nature, les animaux, ... peuvent finir par développer une capacité d’éco-résilience
L’éco-résilience c’est quoi ? "Une compétence humaine et professionnelle qui peut se cultiver et se transmettre. Individuellement, nous pouvons ressentir des émotions difficiles ou être en contact avec l’incertitude, tout en préservant nos ressources cognitives, émotionnelles et relationnelles. Depuis cet état, nous pouvons contribuer à co-réguler ceux qui nous entourent. Nous apprenons à créer des environnements de travail et d’équipe plus soutenants, plus sécures, plus créatifs et plus fertiles. Collectivement nous devenons plus forts."
Extrait : Lara Mang-Joubert, facilitatrice, thérapeute et formatrice. Article du magazine la Luciole édité par la Fédération Régionale d’Agriculture Biologique en Auvergne-Rhône-Alpes (FRAB AURA).

P.S. En rappel : l’influence du dérèglement climatique.

Nous savons pourtant (presque) tout des conséquences du dérèglement climatique sur la santé.
Selon l’OMS, le changement climatique entrainerait 250 000 décès supplémentaires chaque année à partir de 2030, et une hausse des coûts pour la santé de 2 à 4 milliards de dollars par an.
Outre les effets sur la santé mentale, ceux sur la santé physique sont documentés depuis plusieurs années :

  • L’augmentation des températures majorera la mortalité et la morbidité en été, en particulier chez les catégories vulnérables (nourrissons, enfants, personnes âgées).
  • Les pénuries d’eau pourront entrainer déshydratation et malnutrition par une diminution des rendements agricoles. Dans le monde, 50% de la population mondiale connait une grave pénurie d’eau pendant au moins 1 mois de l’année.
  • Une augmentation des accidents en lien avec des phénomènes météorologiques plus intenses et plus fréquents (incendies, tempêtes, inondation par exemple.).
  • Le développement de conditions plus favorables à la croissance des vecteurs, que constituent les tiques, moustiques et phlébotomes, engendrera une augmentation des maladies vectorielles comme le paludisme, le chikungunya ou la dengue, dans des pays jusque-là quasiment indemnes.
  • Une hausse des maladies transmises par la détérioration de l’eau et de l’alimentation.
  • La hausse des températures de l’eau et les fortes précipitations faisant déborder les égouts sont des exemples de facteurs de risque de contamination.
  • Le rapprochement des humains et des animaux par la raréfaction des habitats de ces derniers, favorise l’échange des virus et augmente ainsi le risque de pandémies.
  • Un changement dans la répartition saisonnières des pollens allergènes provoque un accroissement des phénomènes allergiques.
  • Les concentrations excessives de particules fines dans l’atmosphère engendrent des problèmes respiratoires, cardiovasculaires et carcinologiques, avec près de 790 000 décès prématurés annuellement, en Europe.
    Ces conséquences sur la santé toucheront davantage les populations ayant des revenus faibles et dotées d’infrastructures insuffisantes.
    Il y aurait plus de 200 millions de réfugiés climatiques dans le monde d’ici 2050. Extrait de : Marie Maréchal-Hatoy. Éco-anxiété en France : prévalence, intensité et caractéristiques socio-démographiques. Médecine humaine et pathologie. 2025.

Après cet inventaire il est difficile d’imaginer que l’éco-résilience prenne le pas sur l’éco-anxiété mais ne baissons pas les bras et si nous adaptons nos comportements (pour ce seul exemple) avec nos amis producteurs ils feront (peut-être), à l’avenir, plus attention pour traiter les commandes des consommateurs bienveillants que nous sommes. JS.