Changement climatique et s’adapter ou transitionner ?

Phénomènes de plus en plus extrêmes.
"Un constat sévère... La France est douchée, elle vit un avant-goût du climat de demain, mais elle n’est pas préparée. Comment anticiper les crues, les inondations, alors que ce début d’année est marqué par un épisode inédit : plus de trente jours consécutifs de vigilance crues sur le territoire." Célia Quilleret, journaliste Environnement à France Inter.

Un risque de sécheresse ?
"C’est vraiment la moitié ouest qui a subi des précipitations depuis des semaines. Ces cumuls ont fini par gorger les territoires en eau, les sols bien sûr, les nappes, mais également tous ces cours d’eau qui sont actuellement en train de réagir. Là, se surimposent des pluies qui sont trop intenses pour que les territoires ne puissent pas réagir violemment".
"Ça n’empêche pas" qu’il y ait de sécheresse dans les prochains mois, en 2018, malgré des crues importantes de la Seine et un excédent, il y avait eu trois semaines de sécheresse au mois de juillet. Jusque là, quand on avait une sécheresse, ça mettait des mois à venir. Maintenant, en trois semaines, la situation peut basculer et c’est sans doute la plus grande signature que l’on a du changement climatique en France". Emma Haziza, hydrologue, sur France Inter.

Des tempêtes avec quels impacts ?
"Quand on observe les dernières décennies, les tempêtes ne sont pas plus intenses, plus régulières et n’ont pas une trajectoire différente. On n’observe pas de lien robuste entre changement climatique et tempêtes. En revanche, on observe un lien entre changement climatique et les impacts des tempêtes, c’est-à-dire les volumes de pluie et les submersions marines. Il est important de bien faire la différence entre les tempêtes, qui sont des systèmes météorologiques dépressionnaires, et leurs conséquences."
Françoise Vimeux, climatologue française.
"Une distinction très importante également dans la communication auprès du grand public, pour éviter d’alimenter le déni climatique de certaines personnes. Ne pas faire cette distinction pourrait aussi nous conduire à mal nous orienter en matière d’adaptation au changement climatique, à considérer que ces événements sont exceptionnels, alors qu’il faut réaliser qu’il n’y aura pas de retour à la normale. La normale se trouve devant nous et pas derrière nous, et celle-ci va dépendre largement des décisions et des actions des prochaines années."
François Gemenne, spécialiste de la gouvernance du climat et des migrations.

S’adapter ou transitionner ?
"Très tôt, l’adaptation a constitué le plan A et la transition n’a jamais été vraiment prise au sérieux. Pourquoi ? Pour une raison très simple : faire sortir, par exemple, les États-Unis des énergies fossiles pour produire de l’électricité, ce qui est tout à fait possible, cela nécessite un État fort, des investissements publics, une stratégie, un plan. Tout cela déplaît beaucoup dans les années 1980, en pleine vague néolibérale. L’adaptation, à l’inverse, répond très bien à ce moment néolibéral, où chacun est responsable de lui-même. C’est pour cela que ce que l’on vit est la conséquence parfaitement logique des décisions qui n’ont pas été prises depuis les années 1980."
Jean-Baptiste Fressoz, historien des sciences, des techniques et de l’environnement.
"L’adaptation a une limite physique dure. C’est-à-dire qu’au-delà d’un certain degré de réchauffement qui a été fixé à deux degrés, elle devient complexe, voire impossible dans certains secteurs et certaines régions." François Gemenne
"Va-t-il encore être possible d’assurer toutes les zones et va-t-on encore pouvoir mutualiser les risques au niveau national ? Va-t-on pouvoir expliquer à quelqu’un de Clermont-Ferrand que sa prime d’habitation va être multipliée par trois en raison du risque de submersion marine ?". François Gemenne
L’Invité(e) des Matins, par Guillaume Erner. Ecouter.

In fine.
Le débat tourne en boucle depuis des décennies.

  • 1956 : Article du chercheur canadien Gilbert Plass dans "Le dioxyde de carbone et le climat". "Les derniers calculs montrent que si la teneur en dioxyde de carbone dans l’atmosphère doublait, la température à la surface de la terre augmenterait de 3,6°C"...
  • 1965 : La Maison Blanche s’inquiète : Le président des États-Unis, Lyndon Johnson, commande à son comité consultatif scientifique un rapport sur le sujet. Le document met en garde le gouvernement contre la fonte rapide de l’Antarctique, l’élévation du niveau des mers, et des changement de températures que pourrait causer la hausse des émissions de CO2.
  • 1971 : "Urgence croissante à agir avant que certaines forces dévastatrices ne soient mises en mouvement". Rapport de l’étude de l’impact de l’homme sur le climat du Massachusetts Institute of Technology.
  • 1979 : Première conférence internationale sur le climat.
  • 1982 : Exxon (multinationale pétrolière) modélise le changement climatique.
  • 1986 : Shell (multinationale pétrolière) crée un "groupe de travail sur l’effet de serre".
  • 1988 : Premier objectif de réduction des émissions à Toronto (Canada).
  • 1989 : Les pétroliers s’organisent contre toute régulation. Ils créent la Global Climate Coalition (GCC), groupe d’entreprises qui luttent contre la régulation climatique.
  • 1990 : Premier rapport du Giec. La presse résume : "Le réchauffement de la planète est inéluctable". "Tous les scientifiques sérieux sont d’accord : pour la première fois de son histoire, l’humanité met en danger grave sa propre survie."
  • Et les réunions s’enchaînent tous les ans ... Pour aucun résultat.
    Lire la suite sur BASTAMAG : 40 d’alertes.