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La fin des pommes empoisonnées ...

... Un bel objectif qui pourrait rapprocher producteurs et consommateurs.

Le rapport de Greenpeace " Pommes empoisonnées - Mettre fin à la contamination des vergers par les pesticides grâce à l’agriculture écologique " montre bien la nécessité d’un débat sur un des enjeux de l’humanité. Le fait que " Le Dauphiné " fasse, à partir de cette publication, un dossier avec des points de vue d’arboriculteurs est un autre événement vertueux : il fournit là un véritable travail de presse qui ouvre le débat au citoyen.
Un des trois champs d’action de l’association R.E.S.P.E.C.T.S. est d’agir pour une Terre Solidaire avec l’engagement de participer, ensemble, à un projet de réconciliation au service de l’humain et de la nature.
Nous nous sentons donc mobilisés pour participer à ce débat qui pose plusieurs questions. Nous n’en reprendrons que deux : la manière de produire et le mode de commercialisation.

Un circuit de commercialisation équitable pour le producteur et le consommateur.

Lorsque Jacques Richier* explique au Dauphiné qu’il écoule ses pommes à 20 centimes d’euro aux grossistes cela fait réagir les consommateurs que nous sommes : " Il y a quelque chose à faire du coté de la distribution". Il nous semble nécessaire et urgent de mettre en place des modes d’organisation simples et directs pour distribuer, avec un revenu décent, les fruits du producteur au consommateur. Les producteurs s’organisent en groupement : sont-ils bien adaptés pour la vente en circuits directs ou courts ? Les consommateurs commencent à se regrouper : cela suppose de développer ces initiatives et de multiplier le volontariat et le bénévolat. Mais ces ventes en direct ne sont possible que lorsque s’établit un contrat de confiance entre le producteur et le consommateur.

Un mode de production qui garantisse des produits sains, des sols vivants, de l’eau non polluée et un environnement avec une biodiversité qui s’enrichisse .

Non, les militants de Greenpeace ne sont pas "des pantins " lorsqu’ils agissent pour atteindre cet objectif. Nous savons qu’il est possible de nourrir 10 milliards d’êtres humains sur la planète sans la polluer. Nous savons aussi que le mode de production dominant (ou " conventionnel " pour ne pas utiliser le terme " industriel " - car de petits agriculteurs sont dans la " logique conventionnelle") a supprimé l’autonomie alimentaire des pays en voie de développement mais aussi de chacune de nos villes et régions des pays développés. Ce n’est pas une utopie que de viser cet objectif : c’est une nécessité pour l’humanité. Certes l’agriculture n’est pas la seule responsable, mais ne nous justifions pas en avançant que les autres polluent aussi. Notre planète, mais surtout l’humanité, ne peut plus supporter la poursuite de ces manières de produire dictées par de grandes multinationales de semences, d’engrais et de pesticides. Même si les producteurs ont fait des efforts ces dernières années pour réduire les traitements, nous sommes parvenus à des seuils où la santé humaine, la biodiversité, l’environnement, ne peuvent pas en supporter plus.
Depuis plus de 50 ans, l’agriculture, avec son développement, s’est enfermée dans une logique sans solution d’avenir. L’association de nombreux chercheurs (voir d’organismes de recherche) avec des firmes agrochimiques a amené les producteurs à trop dépendre de l’économie de marché et créé des situations où les parasites des cultures n’ont plus de prédateurs. La logique curative de protection des cultures est parvenue à son terme : la santé humaine se détériore régulièrement. Il nous faut maintenant opter pour une logique de prévention qui reconstruise les éco-systèmes . Il n’y a pas une méthode miracle : il faut adopter de nouvelles manières de produire, avec une démarche volontaire, individuelle et collective. Il s’agit d’associer " la nature " et toute la vie qu’elle renferme à toutes les pratiques mises en œuvre.
C’est une démarche collective qui ne peut tolérer qu’un seul producteur vienne, avec seulement un seul produit, détruire ce que les autres construisent. Cette démarche conduit à des productions aussi importantes (voire plus en maraîchage) : pourquoi ne pas adopter cette richesse en arboriculture ? Richesse qui permettrait aux producteurs de communiquer sur des produits sains obtenus avec des pratiques vertueuses développées dans des régions non polluées.
Ce sont là des perspectives d’organisation et de production qui permettraient de développer d’autres modes de commercialisation à des prix justes pour le producteur comme pour le consommateur.

Michel BARNAUD
Terre solidaire de R.E.S.P.E.C.T.S.

* Jacques Richier, arboriculteur, Domaine de La Pradelle, Plan de Vitrolles, 05110.